Confiance est un maître-mot !
Pour moi, la confiance est un absolu, un maître-mot. La personne qui consulte doit pouvoir faire pleinement confiance à celle ou celui qu’elle consulte. C’est d’ailleurs gage de meilleure efficacité dans le conseil, et sa mise en application.
« Pas facile de faire confiance… ! »
Ce n’est pas moi qui le dis, ayant peut-être parfois trop fait confiance, à titre personnel, à des gens qui n’en étaient semble-t-il pas vraiment dignes. Non, c’est ce que j’ai souvent entendu, lorsque cela était verbalisé. Même si j’avais envie de demander aux personnes en question dans quelle mesure elle se faisaient confiance à elle-même.
Il n’est cependant pas si difficile d’y arriver. En effet, sortir de tout préjugé, de tout jugement de valeur (par essence toxique !), et cultiver une véritable bienveillance sont déjà des pas essentiels dans la bonne direction. D’ailleurs, en ce qui concerne les jugements de valeur, ils agissent souvent comme un miroir compensatoire face à nos propres incertitudes personnelles. Lorsque l’on cultive une authentique bienveillance (n’ayons pas peur des mots !), on finit par l’appliquer à soi-même. Car, bien souvent, dans certains contextes, le véritable problème réside en soi, dans son propre parcours, sa culture familiale, et non pas dans l’autre.
Un peu de culture, voulez-vous ?
Le terme ‘confiance’ vient du latin confidentia, formé de con (‘avec’) et fidere (‘se fier’, ‘avoir foi’). Il signifie littéralement « avoir foi avec », c’est-à-dire placer sa foi en quelqu’un ou quelque chose. Cette racine met en avant la notion de foi partagée et de reliance mutuelle. Un fondement clé dans toute relation humaine, notamment en conseil, où l’on attend un échange profondément sincère et sécurisé ; confidentiel évidemment, mais également sans jugement.
Bon, ma grand-mère, une grande dame, très pragmatique, disait que « la culture c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale ». Mais cela était surtout valable à son époque, et jusqu’à l’avènement de NTIC (Internet, réseaux [dys- ?] sociaux, etc.). Actuellement, on a bien plus le sentiment qu’il y a une véritable paupérisation des esprits. Avec une majorité de gens qui semble-t-il croient savoir, alors quen réalité ils ne savent pas, voire rien. Ou alors, auront été induits en erreur ; par quelques manipulateurs ?
« Le savoir que l’on n’approfondit pas est vain ; la compréhension que l’on n’éprouve pas est futile. », disait Confucius.
Certes, mais peut-on approfondir un savoir que l’on n’a pas ? Quant à comprendre, peut-on avoir un minimum de compréhension sans savoir ? Autre interpellation quant à cette citation, et là ça concerne le fait religieux, en particulier lorsque dit fondamentaliste, rigoriste, peut-on vraiment parler de savoir alors qu’au mieux on ne sait qu’ânonner ? Lorsque le sens profond des textes ne sont pas détourné, dévoyés, dans leur interprétation.
« Plus je m’instruis, plus je me rends compte de l’immensité de ce que j’ignore. », disait Albert Einstein.
J’ai d’ailleurs toujours dit, me concernant, que plus j’en sais (réellement, concrètement), plus je me rends compte qu’il me reste énormément à encore apprendre. Et vous, croyez-vous tout savoir ? Bon, il est vrai que la question peut paraitre un brin provoc’.
Alors, confiance ou défiance ?
La Rochefoucauld disait que « la confiance fournit plus à la conversation [l’échange] que l’esprit ». Il considérait par exemple que l’amitié véritable repose sur une confiance absolue, inconditionnelle, presque sacrée [presque ?], et sans laquelle aucune relation ne peut prospérer.
Dans le domaine du conseil, la confiance est donc essentielle, centrale, puisqu’elle permet une ouverture, un dialogue authentique, et une véritable coopération entre le conseiller et la personne conseillée.
La confiance est un concept fluide : elle est difficile à obtenir, fragile à maintenir, mais précieuse lorsqu’elle est établie. Elle exige un équilibre entre vulnérabilité et responsabilité.
Dans le cadre d’un accompagnement philosophique et stratégique, elle peut être vue comme une sorte de contrat tacite, un contrat moral : la personne qui vient chercher du soutien doit pouvoir s’ouvrir pleinement, tandis que le conseiller se doit de mériter et d’honorer cette confiance, en agissant avec la plus grande intégrité.
Mais comment faire… ?
Comment savoir si l’on peut faire confiance en autrui, à fortiori à son conseiller personnel ? Il existe un certain nombre de critères, explicites et subtiles. Mais attention, il faut les prendre, tous, avec relativité, et non pas ‘au pied de la lettre’, dans une lecture binaire, au premier degré.
Critères explicites
Quelques critères (non significatifs dans le cadre d’une audition par exemple) pour apprécier la confiance que l’on avoir en l’autre. Ils peuvent aider à discerner plus facilement la fiabilité d’un interlocuteur, que ce soit dans le cadre d’une relation de conseil ou d’autres interactions sociales.
- Cohérence entre les paroles et les actions : Un interlocuteur digne de confiance agit en accord avec ce qu’il dit. Cette cohérence est d’une certaine façon un signe fort d’intégrité.
Comment conseiller utilement et avec justesse sans être parfaitement cohérent avec soi-même ? Et en regard de ce que l’on conseille ? Sachant que l’intégrité est avant tout d’ordre moral ! Non pas la morale dite bourgeoise, qui excusez-moi de le dire, est trop souvent teinté d’hypocrisie, mais bien un fait humain, une valeur fondamentale.
- Transparence : Quelqu’un qui fait preuve de transparence dans ses intentions et ses actions inspire naturellement la confiance. Cela inclut la clarté dans ses explications, et l’absence de rétention d’informations importantes.
Transparence ne veut pas dire ‘nudité’. En d’autres termes, les droits humains, dans ce qu’ils ont d’impératifs et de fondamentaux, expriment justement le fait pour l’individu du respect de sa sphère privé. Alors que dans un système dictatorial, il en a va tout autrement. Et exige dès lors une totale transparence, notamment envers le pouvoir. Le diktat pouvant venir d’un pouvoir économique, et pas forcément ou seulement politique.
- Fiabilité : Un signe-clé de la confiance est la capacité de l’interlocuteur à tenir ses promesses, et faire preuve de constance dans ses engagements.
Monsieur de La Palice n’aurait pas dit mieux ! « La constance est la vertu par laquelle toutes les autres portent leurs fruits. », disait du reste Samuel Johnson. Lequel soulignait que c’est par la persévérance et la régularité que les actions et les engagements prennent tout leur sens, et aboutissent à des résultats durables.
- Écoute active : Un interlocuteur de confiance prend le temps d’écouter attentivement sans interruptions inutiles. Il montre de l’empathie et répond de manière réfléchie, ce qui démontre son implication sincère.
A noter là que les techniques conversationnelles d’Erickson peuvent amener à des interruptions qui peuvent sembler inutiles, alors qu’il n’en est rien.
- Capacité à admettre ses erreurs : Personne n’est parfait. Quelqu’un qui admet ses erreurs ou ses limites avec une certaine humilité est souvent perçu comme plus fiable que celui qui refuse de reconnaître ses torts.
Quoique, dans certains contextes et sociétés, l’humilité, la simplicité, la capacité à s’excuser, est considéré comme une faiblesse, voire une tare. J’ai connu ce contexte sociétal, où des qualités, en soi universelles, sont considérées à leur inverse. Et croyez-moi, cela vire très vite au ‘chemin de croix’, et même au cauchemar !
- Respect de la confidentialité : La manière dont un interlocuteur traite les informations confidentielles ou sensibles révèle sa fiabilité. Il se doit d’être très rigoureux dans son respect de la confidentialité.
Là, ce n’est même plus une question de confiance, mais bien de règle déontologique, éthique. Et en réalité, c’est la moindre des choses ! Avec une authentique honnêteté dans sa pratique.
- Absence de manipulation : Les personnes dignes de confiance ne cherchent pas à manipuler les autres à travers la flatterie, la culpabilisation ou d’autres techniques de persuasion dissimulée.
Signes plus subtiles
Ces quelques signes, peuvent indiquer une absence de fiabilité chez l’autre. Important, il faut que plusieurs s’expriment de façon concomitante voire logique pour que cela soit plus significatif.
- Incohérence verbale et comportementale : Si les actions de la personne ne correspondent pas à ses paroles, cela peut être un indicateur de manipulation ou de manque de sincérité.
- Langage corporel fermé ou défensif : Des signes tels que des bras croisés, une posture fermée ou un contact visuel évitant peuvent indiquer un manque de transparence ou une réticence à s’ouvrir.
Bras croisés : j’ai parfois les bras croisés, lorsqu’assis inconfortablement par exemple, ou en cas de fatigue excessive. Sinon, ce ne sera pas le cas. Mais lorsqu’il n’y a pas de raison objective, mieux vaut rester vigilant.
- Changements soudains dans l’attitude : Si une personne change radicalement de comportement en fonction de la situation, cela peut suggérer qu’elle n’est pas authentique.
- Réponses évasives : Quelqu’un qui évite de répondre directement à des questions (réellement) simples, ou qui change fréquemment de sujet dans une forme d’évitement, peut tenter de vouloir dissimuler quelque chose, et ne pas avoir la franchise voulue.
Il m’arrive de devoir le dire, « j’aime bien le crabe, mais pas ‘la franchise du crabe’ ». L’avez-vous déjà remarqué ? Le crabe marche le plus souvent de biais, et vous regarde de même. Sur les côtes Atlantique de Mauritanie, la plage se couvraient, dans la douceur des fins d’après-midi, d’innombrables petits crabes rouges. Tous marchaient sur le côté, alors que comme les autres crabes, ils ont leur yeux de face.
- Trop de flatteries ou d’excuses : Un excès de flatteries peut être un signe de manipulation, tandis que l’usage répété d’excuses pour justifier des manquements ou des erreurs peut signaler un manque de fiabilité.
Jean de La Fontaine le disait bien, dans sa fable Le corbeau et le renard, « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » La morale de cette histoire résume parfaitement l’idée que le flatteur profite de la crédulité ou de la vanité de la personne flattée. Et de fait, met en garde contre les effets de la flatterie, encore plus de la flagornerie. Ce qui n’a bien sûr rien à voir avec le fait de complimenter.
- Hésitations ou contradictions : Des hésitations fréquentes, des retours en arrière, ou des contradictions dans les propos, peuvent être des signes d’un mensonge ou d’une tentative de dissimulation.
- Incapacité à respecter les petits engagements : Si une personne manque régulièrement à des engagements mineurs (comme être à l’heure ou tenir de petites promesses), cela peut être révélateur d’un manque de fiabilité sur des enjeux plus importants.
Autres signes subtils
Là, il s’agit de langage non verbal. Également à ne pas lire de façon binaire. Mais peut donner quelques indications.
- Faux sourire ou sourire nerveux : Un sourire qui ne correspond pas à la situation ou un sourire nerveux peut indiquer un malaise ou une tentative de dissimulation.
- Micro-expressions : Des changements rapides dans les expressions faciales, surtout lorsqu’ils sont contradictoires avec ce qui est dit, peuvent indiquer une tentative de dissimulation d’émotions.
- Tendances à éviter le contact visuel ou à regarder ailleurs : Si une personne évite systématiquement de soutenir le regard, cela peut indiquer qu’elle n’est pas honnête ou qu’elle se sent mal à l’aise. A l’exception notable de certains cas, certains praticien par exemple, qui écoutait sans regarder car se concentraient. Mais cela semble n’avoir plus court actuellement, en Occident s’entend. Quoique, certains psychanalystes aiment bien encore se mettre derrière leur client.
- Gestes autocentrés : Les gestes comme se toucher le visage ou se gratter souvent peuvent trahir un inconfort ou un manque de sincérité. On peut y rajouter une certaine sudation, si elle n’a pas lieu d’être. Et bien d‘autres encore.
En conclusion ?
« Celui qui ne se fie pas assez aux autres ne pourra jamais leur faire confiance », disait Lao Tseu. Il en existe une paraphrase (autrice/auteur inconnu/e), « celui qui ne fait pas confiance ne trouvera jamais la confiance des autres ».
En définitive, rien ne vaut plus, en particulier dans le Conseil, que de pouvoir établir, et vivre, une relation de confiance. La confiance est le socle de toute interaction authentique et productive. Sans elle, les échanges restent superficiels, les conseils sont moins efficaces, et les décisions prises peuvent manquer de conviction.
Dans le domaine du conseil, la confiance permet non seulement d’ouvrir un espace de dialogue, mais elle renforce également la qualité des échanges. Elle assure que le conseiller puisse offrir un soutien sincère, adapté aux besoins profonds de la personne conseillée.
D’abord, il est crucial de développer la confiance en soi. Sans cette base solide, il est difficile d’accepter l’aide de l’autre ou même de percevoir le véritable enjeu des conseils reçus. Avoir confiance en soi, c’est se donner la permission d’être vulnérable, d’accepter que l’on ne possède pas toutes les réponses, et de s’ouvrir à de nouvelles perspectives.
Ensuite, il est tout aussi essentiel de pouvoir avoir confiance en l’autre. Que ce soit dans une relation professionnelle ou personnelle, se fier à autrui est une démarche parfois délicate, mais nécessaire pour avancer. Cela implique de reconnaître que l’autre agit de bonne foi, qu’il a les compétences, et la bienveillance nécessaires pour contribuer à notre croissance. En conseil, cette confiance mutuelle permet de bâtir une relation où les idées peuvent circuler librement, sans crainte de jugement ou de manipulation.
Enfin, avoir confiance en son conseiller est fondamental. Le conseiller, qu’il soit personnel, philosophique, ou stratégique, en général un peu des trois, doit incarner cette confiance par sa transparence, sa rigueur, et son écoute. La personne conseillée doit pouvoir se sentir en sécurité, confiante que les conseils reçus sont pertinents, honnêtes et réellement adaptés à ses besoins. C’est dans ce climat de confiance réciproque que le travail de conseil prend toute sa dimension et produit ses meilleurs résultats.
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